Connexion :
Abonnement NewsletterOk
 

ITW Michel de Souza, Hitmuse : "musique + services"

Publiée par Alex le Vendredi 10 Octobre 2008

Brève Business Internet

Michel de Souza, directeur général Hitmuse
Signe des temps ? Après avoir écumé pendant plus de trente ans les couloirs des maisons de disque, et occupé des postes à responsabilité chez Barclay, Mercury, Universal, Warner Music France et EMI Music France, Michel de Souza a choisi de « traverser » le Rubicon, pour reprendre ses propres termes, et de passer du côté de la musique qui se construit, se vend et s'écoute en ligne, autour de communautés et loin de tout support physique. Depuis quelques semaines, Michel de Souza est directeur général de la société Hitmuse. Fondée en 2006, celle-ci se propose de créer un modèle économique alternatif pour que la musique puisse connaitre un sain essor sur Internet.

Discussion à bâtons rompus avec un homme de musique qui aujourd'hui suggère d'accompagner les mutation qui sont en cours avec l'avènement d'Internet plutôt que de tenter d'à tout prix maintenir l'existant… une opinion que, de son propre aveu, il n'aurait peut-être pas tenue il y a quelques années !

Clubic.com : Michel de Souza, bonjour. Comment en arrive-t-on à rejoindre une petite start-up du Net après avoir occupé le poste de directeur général au sein des branches françaises de Warner, puis d'EMI ?

Michel de Souza : j'ai pris cette décision après un long processus de réflexion, à l'issue duquel je suis arrivé à la conclusion que le modèle économique traditionnel de la musique n'avait que peu de chances d'être pérenne. L'opportunité Hitmuse s'est alors présentée. Après en avoir étudié le modèle, j'ai trouvé que celui-ci était à la fois souple et malin. En somme, un peu ce qui manque à l'industrie de la musique aujourd'hui. Je ne crache pas pour autant dans la soupe, et je ne mets pas forcément Hitmuse en concurrence du modèle traditionnel : c'est juste une autre manière de développer la musique. Le couple musique / support, que l'on a connu jusqu'à il y a quatre ou cinq ans, est en train de devenir un couple associant musique et service.

Quelles conclusions tirez-vous des chiffres de l'industrie de la musique enregistrée ? Le piratage est-il seul en cause dans la baisse générale que l'on observe?

Depuis 2001, l'industrie de la musique enregistrée a dû perdre quelque chose comme 60% de son chiffre d'affaires, et je connais peu d'industries, au sens large du terme, qui sont capables de survivre à une baisse d'une telle ampleur. Imaginez qu'on baisse votre salaire de 60%, vous allez sans doute avoir des comportements radicaux. Ne soyons pas démagogues, le piratage a bien évidemment une part de responsabilité, mais les causes sont multiples. Il y a par exemple une réflexion à tenir autour du prix du CD, et la façon de positionner ce dernier sur le marché. Aujourd'hui, le consommateur est d'autant plus troublé qu'il n'est pas étonnant dans le cycle de vie d'un CD de le voir à quatre ou cinq prix différents sur une année. Dans ces cas là, vous avez tendance à attendre puisque demain est toujours moins cher.

Est-ce qu'on n'a pas parfois l'impression que les gens n'accordent plus guère de valeur à la musique ?

La musique a été banalisée, sans doute en partie à cause de la TV réalité, c'est un fait, mais il ne faut pas pour autant tirer de généralités. Peut-être aussi y'a-t-il un problème avec la qualité ? On le voit bien, si on prend des artistes de qualité comme Mika, Amy Winehouse ou Christophe Whilhem, on atteint des 600 ou 700.000 ventes en France ! Je ne voudrais pas faire l'ancien combattant, mais si vous prenez un album de Led Zep dans les années 70, sur dix titres, huit étaient des tubes potentiels. Aujourd'hui, si vous en trouvez deux sur un CD, c'est proche du miracle. Enfin, on a peut-être un dernier problème : aujourd'hui, la musique ne doit plus être vendue seule, il faut lui associer des services. Pourquoi les gens vont chez Darty pour acheter une machine à laver ? Parce qu'ils savent qu'on va la leur livrer, l'installer, etc. Si au travers de la musique, on accède à quelque chose de plus, il redevient légitime de l'acheter. Mais là, tout reste à inventer.

Pour l'instant, il existe une offre en matière de musique légale sur Internet, mais celle-ci ne décolle pas vraiment. D'après vous, pourquoi ?

Dans un premier temps, on a le problème de l'interopérabilité. Si lorsque vous achetez une voiture, on vous dit que vous n'avez le droit d'aller chercher de l'essence que chez Total, je ne suis pas sûr qu'on favorise les déplacements. Ensuite, on a encore la question des tarifs, évidemment, mais là je n'ai pas vraiment de réponse à apporter. 0,99 euro, est-ce le bon prix pour une chanson ? On n'a pas suffisamment de recul pour en juger, d'autant que l'offre est finalement très uniforme entre les différentes plateformes. Sans oublier qu'aujourd'hui l'offre est relativement pauvre. Là où un iTunes propose quelques millions de titres, il existe depuis les débuts des supports physiques plus de cinquante millions d'œuvres. On a donc une offre qui est infiniment plus restreinte.

Un Contrat de confiance à trouver sur le Net ? Pour ce qui est de l'interopérabilité, l'argument ne tient plus vraiment, du moins pour les ventes de musique à la pièce, puisque tout le monde ou presque accepte aujourd'hui de commercialiser des titres sans DRM.

Le problème s'est également posé aussi pour le CD il n'y a pas si longtemps, sur lequel l'industrie a apposé des verrous restreignant les usages. Ce n'est pas vraiment une bonne idée de culpabiliser l'utilisateur, et de faire comme si on le traitait de voleur à titre préventif. Au bout d'un moment, les idées finissent par faire leur chemin, mais ca n'est pas évident. En tout cas, si 5% des gens qui téléchargent légalement, alors que 95% le font illégalement, il y a forcément un problème quelque part. Après tout, ils ne se sont pas concertés...

S'il était voté en l'état, le projet de loi Hadopi aurait-il une chance de rétablir un équilibre plus sain ?

Je crains qu'avec la loi Hadopi, on essaie de mettre en place une sorte de ligne Maginot, difficile à respecter. Et si la loi n'est pas acceptée, il y'a de bonnes chances qu'elle soit contournée... Internet est le royaume de la fluidité et des échanges rapides, il faut en tenir compte. Bon, je n'aurais certainement pas tenu ce discours il y a quatre ou cinq ans (rires).

Dans ce contexte, quelle est la proposition de valeur d'un site comme Hitmuse ?

Hitmuse est un réseau social autour de la musique, associé à une plateforme de téléchargement. Les deux sont regroupés sous le même toit, ce qui est une approche assez nouvelle en France. Le projet se destine essentiellement aux artistes et aux labels indépendants. Pour faire simple, l'idée est de laisser les musiciens gérer leurs droits, mais l'on met à leur disposition toute une série de services, accessibles à la carte, en fonction de leurs besoins. Ces services passent par les fonctionnalités « sociales » et le service de téléchargement s'ils le souhaitent, ainsi que par des services de marketing, la création d'une boutique personnalisée ou un espace de stockage en ligne.



Tous ces services sont-ils assurés en interne, chez Hitmuse ?

Non, bien sûr, en plus des services conçus en interne, nous travaillons avec un certain nombre de partenaires, comme Spreadshirt pour la confection des tee-shirts personnalisés, ou Digiclick pour la vente de places de concert, mais l'accès à l'ensemble des services disponibles est centralisé au sein de la plateforme Hitmuse, et tout fonctionne sur un mode « à la carte ». Je peux par exemple profiter de la plateforme de stockage, mais aller commercialiser mes morceaux ailleurs, ou assurer ma promotion sur ma page MySpace, etc.

Et la vente directe ?

Notre plateforme de téléchargement payant, Hitload, devrait ouvrir aux alentours du mois de novembre. Les artistes auront alors le choix de commercialiser leurs morceaux directement sur Hitload, ou de nous laisser mettre leurs titres à disposition d'autres services de téléchargement payant, comme Fnac, Virgin et iTune sur le Net, ou Orange et SFR dans le domaine de la téléphonie mobile. Les noms ne sont donnés qu'à titre indicatif, nous sommes encore en phase de négociations avec plusieurs d'entre eux.

Sur Hitload, c'est l'artiste, ou le producteur, qui fixera le prix des morceaux, avec toutefois un minimum de 0,5 euro par titre ou de 4 euros pour un album. Il déterminera également la longueur de l'extrait proposé en écoute gratuite. Sur le montant fixé, on enlève la TVA, et la recette hors taxe est partagée avec Hitmuse : 70% pour le musicien, et 30% pour la plateforme.

C'est donc ainsi que vous comptez monétiser le service ?

De façon générale, oui, nous prélèverons une commission sur les transactions qui sont effectuées par son intermédiaire, sur Hitload mais aussi avec les prestataires externes. Hitmuse dispose par ailleurs d'autres facettes, comme un magazine en ligne dédié à l'actualité de la musique, qui lui sera susceptible de générer des revenus par l'affichage de publicités.

Il s'agit donc d'accompagner le mieux possible les indépendants sur le Web. Peut-on imaginer qu'Hitmuse aille jusqu'à se lancer dans la production ou... revenir au physique, pour les aider à lancer un CD ?

Nous ne nous interdisons rien, et nous pourrions par exemple nous rapprocher d'une maison de disques, pour proposer avec elle une distribution physique aux membres de la communauté Hitmuse. En matière de production proprement dite, rien n'est vraiment prévu, mais c'est une possibilité. C'est l'avantage d'un modèle extrêmement souple, on peut laisser la porte ouverte, même si on décide de ne jamais la franchir.

Quelques chiffres, histoire de voir où en est Hitmuse de son développement ?

Aujourd'hui, sans que nous ayons vraiment communiqué, la communauté Hitmuse compte 100.000 membres, propose 20.000 titres accessibles en ligne et le site réalise environ un million de pages vues par mois. Si le développement se poursuit comme nous le souhaitons, nous devrions être en mesure d'atteindre l'équilibre financier dans les deux à venir. D'ici là, nous espérons pouvoir lancer Hitmuse à l'étranger, une fois que le modèle français sera bien établi.

Que pensez-vous de la récente initiative de MySpace, qui a signé avec les majors pour rendre disponible à l'écoute des centaines de milliers de titres, ou de services comme Deezer ?

Les modes de consommation changent, et le cas MySpace témoigne de l'importance de s'adapter à ces changements. Le site n'est plus du tout ce qu'il était au départ, et ce sont les utilisateurs qui l'ont fait évoluer. Maintenant qu'ils ont signé avec les majors, peut-être les indépendants vont(ils s'en détourner ? Aujourd'hui, tout est poreux, en mouvement permanent, dans le domaine de la musique en ligne, il est difficile de voir à plus de 18 ou 24 mois de façon claire.

Michel de Souza, merci.
Actu précédente
Brève suivante

Soldes Hiver 2009
Mercredi 7 Janvier

Cette année, les soldes d’Hiver démarrent le Mercredi 7 Janvier. Elles dureront 5 semaines, sur toute la France.

Soldes Hiver 2009 : Tout ce qu'il faut savoir avant d'acheter
Les Commentaires des lecteurs
_
 
Contacter le membreVoir profil
le 10 Oct. 08 à 10h46
Edition
 
Bah des gars comme lui, il en faudrait beaucoup plus je pense
 
le 10 Oct. 08 à 11h01
Edition
 
+1 , comme toute industrie il faut changer son modèle économique quand le vent change de sens , lui il l'a compris , les autres pas encore .
 
le 10 Oct. 08 à 11h09
Edition
 
Bonne analyse de la situation depuis que la musique est devenue plus une industrie qu'un art... Enfin surtout la manière de la vendre (merci les grosses majors!

C'est vrai que tout cela est en train de changer mais comme d'habitude l'appat du gain à fait fermer les yeux aux majors au moment où elles auraient du changer leur manière de distribuer la musique!

L'exmeple cité avec Led Zep est assez révélateur, avant 10titres = 8 tubes et maintenant c'est 2 maxi!
Comment justifier 15 à 20€ l'achat d'un CD dans ces conditions?!

Bref bon interview et bonne chance à Hitmuse!
 
le 10 Oct. 08 à 11h41
Edition
 
Bonne chance Hitmuse et Monsieur Michel De Souza.
 
le 10 Oct. 08 à 11h53
Edition
 
Mon ancien responsable est parti bosser là bas... Bonne chance à toi !!
 
le 10 Oct. 08 à 12h04
Edition
 
Enfin une vision claire et réaliste sur le marché de la musique actuel.

Le fait qu'il souligne les différents prix d'un CD au cours de sa commercialisation est intéressant. Les initiatives régulières de certains labels (je pense notamment à Century Media et Roadrunner) sur les prix sont vraiment intéressantes pour le client mais ne sont pas forcément suivies par les majors. Ces labels proposent en général leurs CD récents de l'an dernier à 7 euros. A ce prix là, je ne dis plus que la musique est trop chère et le je me fais plaisir.

L'autre fait remarquable est la qualité des albums. J'écoute peu de pop, mais le peu que j'écoute ne me donne pas envie d'acheter le CD : pas assez de bons titres. Du coup, j'achète que dans mon genre de prédilection, où je ne rencontre pas ce genre de problème. Et ouais, dans le IV de Led Zep, y'a rien à jeter.
 
le 10 Oct. 08 à 13h18
Edition
 
impressionnant tout ça! je connaissais pas
Rg
 
le 10 Oct. 08 à 13h40
Edition
 
Ca fait du bien de voir que des gens essaient de faire changer les choses. Cela-dit pourquoi imposer un prix minimum si l'artiste souhaite mettre des titres gratuitement ?
 
le 10 Oct. 08 à 16h30
Edition
 
Et je ne resiste pas à l'envie de pointer sur un autre site internet similaire un peu plus jeune: www.xtrib.com...

Ces nouveaux modèles économiques sont tout simplement l'avenir de la musique en ligne il me semble.
 
le 10 Oct. 08 à 17h45
Edition
 
Interview intéressante, Je suis heureux de voir des personnes ayant un regard sur l'avenir de la musique et qui de plus ne dément pas en affirmant que le téléchargement illégal y 'est en partie responsable.
Surtout la partie parlant d'HADOPI, j'adore son jugement sur le fait que les français contourneront la loi. J'ai envie de dire ou d'écrire, lol, pas étonnant pour un pays qui veut du tout gratuit en Culture. :)
 
le 10 Oct. 08 à 19h41
Edition
 
voila quelqu'un qui s'essaye à une autre forme de commerce de la zik en ligne, souhaitons-lui bonne chance !

n'oublions pas pour autant les netlabels qui proposent depuis longtemps du contenu de qualité et GRATUIT !
 
le 11 Oct. 08 à 12h45
Edition
 
Je pense que c'est une très bonne initiative. Et il serait judicieux de miser sur de nouveaux formats de musique comme le mxp4 ou le mt9.
En effet le premier permet à l'artiste de créer en un seul fichier une dizaine, voir une centaine d'interprétations différentes d'une même chanson.
Le deuxième, ressemble plus au principe du format midi. En effet chaque instrument est enregistrer sur piste audio unique ce qui permet à la personne qui écoute de créer son propre arrangement. On peut augmenter ou diminuer de façon indépendante le son des différents instruments.
Donc pour résumer : nouvelle façon de consommer, nouvelle façon d'écouter.
Edité le 11/10/2008 à 12:45
 
le 12 Oct. 08 à 12h05
Edition
 
Enfin quelqu'un du métier qui a une bonne vue sur le problème.
Mais pas encore assez :

En tant que consomateur voici mes problèmes avec les CD :
- Aller au magasin.
- 9x sur 10 ne pas arriver à le pré-écouter simplement.
- Le payer cher.
- Etre obligé de pirater mes propres CD pour les utiliser avec un logiciel de Djing par ex.

Et voici mes problèmes avec le téléchargement légal :
- Les DRM. Même sur les platte-forme soit-disant sans DRM les meilleurs morçeaux en sont pourvu, et l'information "Avec ou Sans" est toujours bien cachée...
- La Qualité ! Payer pour du MP3 ? Jamais !
Vendez-nous du Flac, du SANS PERTE !
Les mélomanes, ceux qui dépensent beaucoup pour ce plaisir, ne se satisferont jamais d'un fichier compressé écouté avec des bouchons d'oreille.

Donc j'achète beaucoup moins de disques, et j'attends....
Attendrez-vous que les asiatiques nous montrent comment vendre des fichiers de qualité, accessibles et à bon prix ???

A bon entendeur...
 
le 13 Oct. 08 à 11h46
Edition
 
Bonne façon de voir, mais juste un truc qui me choc personnellement : "si on prend des artistes de qualité comme Mika, Amy Winehouse ou Christophe Whilhem" lol de qualité :/

ah oui aussi : mp3 non merci, je veux du wav! et 70% pour la plateforme c'est toujours autant dans les poches de la distrib (iTnes prends aussi 70% : un seuil inamovible?)
 
 



 
Clubic.com
 
Achetez-facile.com
 
Jeuxvideo.fr
 
neteco.com
 
mobinaute.com